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Émotions & vécu

Pourquoi avons-nous parfois du mal à apprécier ce que nous avons déjà ?

À force de regarder ce qui nous manque, nous pouvons finir par ne plus voir tout ce qui est déjà présent dans notre vie.
Nous avons parfois cette étrange habitude : désirer quelque chose pendant des mois, parfois pendant des années, puis nous y habituer très rapidement une fois que nous l’avons obtenu.
Nous voulions ce travail.
Cette maison.
Cette relation.
Cette indépendance.
Ce projet.
Cette tranquillité.
Puis, lorsque cela devient notre quotidien, notre attention se déplace presque immédiatement vers ce qui manque encore.
Nous commençons à penser :
« Il me faudrait maintenant autre chose. »
« Je serai vraiment heureux lorsque… »
« Ce n’est pas encore suffisant. »
Et pendant ce temps, ce qui représentait autrefois un rêve devient presque invisible.
Pourquoi est-il parfois si difficile d’apprécier ce que nous avons déjà ?

Pourquoi avons-nous parfois du mal à apprécier ce que nous avons déjà ?

Nous nous habituons naturellement aux bonnes choses

Notre cerveau s’habitue très rapidement à ce qui devient familier.

Une bonne nouvelle qui nous rendait extrêmement heureux au départ devient progressivement normale.

Lorsque nous obtenons quelque chose que nous voulions depuis longtemps, l’émotion intense du début finit par diminuer.

Ce n’est pas nécessairement de l’ingratitude.

C’est aussi une manière normale de fonctionner.

Le problème apparaît lorsque nous confondons cette diminution de l’excitation avec l’idée que ce que nous avons n’a plus de valeur.

Parce qu’une chose peut devenir familière sans devenir insignifiante.


Nous regardons plus facilement ce qui manque que ce qui fonctionne

Il suffit parfois d’une seule difficulté pour oublier tout ce qui va relativement bien.

Nous pouvons avoir dix choses positives dans notre vie et passer toute notre journée à penser à la onzième qui ne fonctionne pas.

Un problème professionnel.

Une déception.

Une relation compliquée.

Une dépense imprévue.

Et tout le reste semble disparaître.

Notre esprit se concentre naturellement sur ce qui demande une solution.

Mais cela peut finir par créer une impression permanente de manque.

Nous avançons alors dans la vie avec l’impression que quelque chose manque toujours pour que nous ayons enfin le droit d’être heureux.


« Je serai heureux quand… »

Cette phrase peut nous accompagner pendant des années.

Je serai heureux quand j’aurai plus d’argent.

Quand j’aurai trouvé l’amour.

Quand j’aurai perdu du poids.

Quand j’aurai mon propre logement.

Quand mon projet fonctionnera.

Quand je voyagerai.

Quand ma situation changera.

Avoir des objectifs est une bonne chose.

Le problème apparaît lorsque nous remettons systématiquement notre bonheur à plus tard.

Parce qu’une fois l’objectif atteint, un nouveau « quand » apparaît.

Et notre vie devient une succession de salles d’attente.

Nous préparons constamment notre bonheur sans jamais vraiment l’habiter.


Les réseaux sociaux peuvent accentuer cette impression

Aujourd’hui, nous avons accès en quelques secondes à la vie de centaines de personnes.

Du moins, à ce qu’elles choisissent d’en montrer.

Voyages.

Mariages.

Maisons.

Voitures.

Réussites.

Restaurants.

Transformations physiques.

Entrepreneuriat.

Nous comparons alors notre quotidien entier aux moments les plus valorisants de la vie des autres.

Nous connaissons nos factures, nos inquiétudes, nos mauvaises journées et nos doutes.

Chez eux, nous voyons une photo.

Le résultat est presque inévitable :

leur vie semble plus intéressante que la nôtre.

Et ce que nous avons commence à nous paraître insuffisant.


Nous remarquons parfois la valeur de quelque chose seulement lorsqu’elle disparaît

C’est une réalité étrange.

Nous nous plaignons parfois d’une routine jusqu’au jour où elle est bouleversée.

Nous trouvons une personne trop présente, puis son absence crée un vide.

Nous considérons notre santé comme normale jusqu’au jour où nous sommes malades.

Nous trouvons notre quotidien banal jusqu’au moment où un événement nous oblige à comprendre à quel point cette banalité était confortable.

Certaines choses ne deviennent pas importantes lorsqu’elles disparaissent.

Elles l’étaient déjà.

Nous ne les regardions simplement plus.


La gratitude ne consiste pas à nier ce qui va mal

Parler de gratitude peut parfois devenir agaçant lorsque quelqu’un traverse une période réellement difficile.

« Regarde ce que tu as. »

« Il y a pire ailleurs. »

« Tu devrais être reconnaissant. »

Ces phrases peuvent donner l’impression qu’une personne n’a pas le droit d’être triste parce qu’elle possède encore certaines choses positives.

Mais la gratitude ne devrait pas servir à minimiser la souffrance.

Nous pouvons être reconnaissants pour certaines choses et souffrir profondément pour d’autres.

Les deux peuvent exister ensemble.

Nous pouvons dire :

« Cette période est difficile. »

et en même temps :

« Il existe malgré tout quelques choses dans ma vie qui me font du bien. »

La gratitude n’efface pas les problèmes.

Elle empêche simplement les problèmes d’effacer tout le reste.


Les petites choses sont souvent celles qui constituent réellement une vie

Nous rêvons naturellement des grands moments.

Une promotion.

Un mariage.

Un voyage.

Une naissance.

Une réussite importante.

Mais combien de jours dans une vie contiennent réellement ce type d’événement ?

Très peu.

La majorité de notre existence est composée de journées ordinaires.

Un café le matin.

Un repas.

Une conversation.

Une chanson.

Un trajet.

Quelques minutes au soleil.

Un rire.

Une douche après une longue journée.

Un message reçu au bon moment.

Un moment de calme.

Si nous attendons uniquement les grands événements pour considérer que nous sommes heureux, nous risquons de laisser passer une énorme partie de notre vie sans la voir.


Apprécier ce que nous avons ne signifie pas arrêter de vouloir davantage

Nous pouvons être reconnaissants et ambitieux.

Apprécier notre logement tout en rêvant d’une maison plus grande.

Être reconnaissants pour notre travail tout en préparant une évolution professionnelle.

Aimer notre vie actuelle tout en ayant envie de découvrir autre chose.

La gratitude ne demande pas de renoncer à nos rêves.

Elle change simplement la manière de les poursuivre.

Au lieu de dire :

« Ma vie commencera réellement lorsque j’aurai obtenu cela. »

nous pouvons dire :

« Je construis quelque chose de nouveau tout en reconnaissant la valeur de ce qui existe déjà. »


Nous oublions parfois le chemin parcouru

Regardez quelques années en arrière.

Il existe probablement des choses que vous possédez aujourd’hui et que vous auriez énormément appréciées à une autre période.

Une indépendance.

Une compétence.

Une maturité.

Une situation financière différente.

Une liberté.

Une personne dans votre vie.

Un projet devenu réel.

Mais parce que nous sommes constamment tournés vers la prochaine étape, nous regardons rarement derrière nous pour mesurer ce qui a changé.

Nous voyons la distance qui nous sépare encore de notre destination.

Pas toujours celle que nous avons déjà parcourue.


La comparaison peut nous voler la satisfaction

Il y aura toujours quelqu’un qui possède davantage.

Plus d’argent.

Plus d’abonnés.

Une plus grande maison.

Un couple qui semble plus heureux.

Une carrière plus avancée.

Une apparence différente.

Si notre capacité à apprécier notre vie dépend de notre position par rapport aux autres, nous trouverons toujours une raison de nous sentir insuffisants.

Parce que la comparaison n’a pas de fin.

Même les personnes que nous envions regardent probablement quelqu’un d’autre.


Apprendre à remarquer ce qui est déjà là

La gratitude peut devenir très concrète.

Pas besoin d'écrire chaque matin vingt phrases extraordinaires.

On peut simplement se demander :

Qu’est-ce qui a été agréable aujourd’hui ?

Peut-être :

J’ai bien mangé.

J’ai eu une conversation qui m’a fait rire.

Je me suis réveillé en bonne santé.

J’ai terminé quelque chose.

Quelqu’un a pensé à moi.

J’ai eu un moment de tranquillité.

La journée n’était pas parfaite.

Mais elle contenait quelque chose de bon.

À force de faire cet exercice, notre attention apprend progressivement à regarder autre chose que le manque.


Regarder certaines choses comme si elles pouvaient un jour ne plus être là

Sans vivre dans la peur, nous pouvons parfois regarder notre quotidien autrement.

Cette personne que nous pouvons appeler aujourd’hui.

Cette maison où nous rentrons.

Ce parent encore présent.

Cette capacité de marcher.

Cette possibilité de travailler.

Cette liberté de décider de certaines choses.

Rien n’a besoin d’être menacé pour avoir de la valeur.

Nous pouvons l’apprécier maintenant.


Il existe probablement dans votre vie actuelle quelque chose que votre ancien « vous » aurait adoré avoir

C’est une question intéressante :

Si la personne que vous étiez il y a cinq ou dix ans pouvait voir votre vie aujourd’hui, qu’est-ce qui la rendrait fière ou heureuse ?

Peut-être que vous ne vivez pas encore exactement la vie que vous souhaitez.

Mais peut-être que certaines choses autrefois difficiles sont aujourd’hui devenues normales.

Nous oublions souvent de célébrer les problèmes que nous n’avons plus.


Tout ne doit pas devenir une performance

Même le bonheur peut parfois devenir une nouvelle pression.

Il faudrait être heureux.

Reconnaissant.

Positif.

Productif.

Profiter de chaque seconde.

Mais une vie humaine comporte aussi de l’ennui, de la fatigue et des journées sans saveur particulière.

Nous n’avons pas besoin d’être émerveillés en permanence.

Apprécier ce que nous avons peut simplement signifier :

ne pas traiter automatiquement notre vie comme insuffisante parce qu’elle n’est pas extraordinaire aujourd’hui.


Peut-être que certaines choses ordinaires sont déjà des privilèges invisibles

Pouvoir dormir tranquillement.

Ouvrir un robinet et avoir de l’eau.

Manger lorsque nous avons faim.

Pouvoir appeler une personne que nous aimons.

Avoir quelques heures sans danger.

Lire.

Marcher.

Respirer.

Cela peut sembler tellement normal que nous n’y pensons plus.

Et pourtant, pour quelqu’un quelque part, certaines de ces choses représentent exactement ce qu’il espère obtenir.


La vie ne commence pas après le prochain objectif

Peut-être que nous aurons davantage demain.

Peut-être que certains rêves se réaliseront.

Peut-être que certaines situations changeront.

Mais notre vie actuelle n’est pas une répétition générale avant la vraie vie.

C’est déjà la vie.

Aujourd’hui compte.

Cette journée compte.

Ce que nous possédons maintenant compte.

Les personnes qui sont encore là comptent.

Et si nous apprenions à regarder ce qui existe avant de chercher automatiquement ce qui manque ?

Parce qu’il serait dommage de passer des années à poursuivre une vie meilleure…

pour découvrir un jour que certaines des choses que nous regrettons le plus étaient déjà devant nous.

Et vous, quelle chose présente dans votre vie aujourd’hui avez-vous tellement l’habitude d’avoir que vous oubliez parfois sa valeur ? Parlons-en dans les commentaires.